Parmi les nombreux châteaux à visiter en Bourgogne, il ne faut surtout pas oublier le château de Cormatin. En plein campagne bourguignonne, se trouve le village de
Cormatin. Long et construit autour de la route principale, tout ce qui le rend
intéressant est le magnifique château datant du XVIIème siècle. Ancien demeure
des Marquis d’Huxelles, le château fut édifié entre 1606 et 1625. Le château
est construit sur les fondations d’une maison-forte médiévale datant du XIIème
siècle. L’ancienne forteresse fut bâtie pour contrôler la route au bord de la
Grosne, qui menait à la riche et puissante abbaye de Cluny. À l’époque un
chemin bien fréquenté en raison de l’importance religieuse de Cluny, la
construction d’une forteresse avec des tours rondes à cet endroit avait donc un
but clairement économique et stratégique.
Cluny déclina par contre et le château de Cormatin avec.
Jusqu’au XVIIème siècle la forteresse à Cormatin fut guère maintenue. Au course
du XVIIème, l’héritier du château de Cormatin, Antoine de Blé (1560-1616),
était lieutenant-général et gouverneur-militaire de Chalon sur Saône. Au
XVIIème siècle, la France fut régné par Henri IV. La Bourgogne faisait déjà partie
du territoire français. La région voisine de Franche-Comté en revanche, était
gouvernée par l’Espagne. Afin d’éviter que la riche région de la Bourgogne
serait conquête par les Espagnols, la ville de Chalon servait le but de
citadelle pour protéger la rive droite de la Saône. Or, son gouverneur-militaire fut un homme important. Comme Antoine
de Blé en tant que gouverneur de Chalon, faisait aussi partie de l’ordre
militaire prestigieux de Saint-Esprit, il lui semblait nécessaire de faire construire
un demeure digne d’un noble de son rang et son importance. Il décida donc de reconstruire son
château à Cormatin.
Pour la reconstruction, il garda le même plan que celui
de l’ancienne forteresse : trois ailes qui entouraient une cour fermée par
un rempart. Les tours rondes furent remplacées par quatre pavillons. Malheureusement,
Antoine de Blé n’a jamais pu profiter du résultat par contre. Il mourra en 1616
avant que la dernière aile soit terminée. C’est donc son fils Jacques (1582 –
1629) qui héritait le château et qui termina les travaux. Sous la direction de Jacques
de Blé, l’aile nord était construit. C’est là où se trouvait les appartements d’habitation.
Au fond de la cour, dans l’aile ouest, se trouvait la chapelle où un prêtre célébrait
la messe chaque jour. En ce qui concerne l’intérieur, c’était aussi Jacques qui
initiait l’aménagement.
Jacques de Blé connaissait personnellement la famille
royale française. Il était surtout en bon terme avec la Reine-Régente Mari de
Médicis. Grâce à cette relation familière, il était marié à la fille du
Trésorier de l’Epargne en 1617. La jeune épouse, Claude Phélypeaux n’avait
que 13 ans lors du mariage alors que Jacques en avait 35. Choquant aujourd’hui
peut-être, mais rien d’extraordinaire au XVIIème siècle, surtout en ce qui
concerne la noblesse. On ne mariait pas par amour, mais par liaison et raisons
financières. Dans le cas de Jacques de Blé et de Claude Phélypeaux, les jeunes
mariés allaient habiter le château de Cormatin qui était aménagé d’une telle
façon que mari et femme n’avait guère besoin de se croiser pendant la journée.
Avec chacun ses propres pièces à vivre, le couple ne se voyait à peine.
Un an après son mariage, Jacques de Blé recevait le titre de marquis d'Huxelles du roi Louis XIII. En plus de son mariage et son nouveau titre, Jacques de Blé a
aussi pu profiter de sa relation avec la Reine Marie pour la décoration de son château.
Les appartements à vivre dans l’aile nord furent décorés par la même équipe qui
avait travaillé pour la Reine au château de Luxembourg à Paris. C’est ainsi que
Jacques de Blé a pu faire constuire le Grand Escalier à Cormatin. Cet escalier
à ‘cage vide’ qui date de 1624 est un des plus anciens de son type et était construit
par Salmon de Brosse. Ce dernier avait bâti un escalier pareil au Palais de Luxembourg,
qui ne diffère que de celui au château de Cormatin dans le sens où la voûte en
haut ne couvre pas toute la cage d’escalier.
Alors que Jacques de Blé a pu voir et vivre dans son
château neuf, il n’en a pas pu profiter longtemps. En 1629 il est mort pendant
une campagne militaire en Ardèche. Sa veuve Claude, seulement 24 ans lors de sa
mort, prenait le deuil et ne continuait pas les travaux toujours en cours. Par
conséquent, le château déclina de plus en plus et était finalement abandonné
par les héritiers de Jacques de Blé et de Claude Phélypeaux.
Pour ne pas finir cette histoire sur un ton trop triste,
heureusement que le château de Cormatin était épargné pendant la Révolution de 1789 grâce à
son maître de l’époque qui ouvra les caves à vin aux émeutes. Après une
nouvelle époque d’abandon, Cormatin fut à nouveau habité au XIXème siècle. Les
traces des propriétaires sont restées dans la décoration de la bibliothèque et
les cuisines. Par contre, ce n’est qu’n 1980 que le château de Cormatin, à
nouveau en déclin et abandonné, fut restauré et ouvert au public. C’est ainsi
on peut aujourd’hui admirer les appartements des anciens habitants, le fameux
escalier, le bureau Louis XIII (le mieux conservé en France) et les grandes
jardins fleuris.