vendredi 11 avril 2014

Le château de Cormatin

Parmi les nombreux châteaux à visiter en Bourgogne, il ne faut surtout  pas oublier le château de Cormatin. En plein campagne bourguignonne, se trouve le village de Cormatin. Long et construit autour de la route principale, tout ce qui le rend intéressant est le magnifique château datant du XVIIème siècle. Ancien demeure des Marquis d’Huxelles, le château fut édifié entre 1606 et 1625. Le château est construit sur les fondations d’une maison-forte médiévale datant du XIIème siècle. L’ancienne forteresse fut bâtie pour contrôler la route au bord de la Grosne, qui menait à la riche et puissante abbaye de Cluny. À l’époque un chemin bien fréquenté en raison de l’importance religieuse de Cluny, la construction d’une forteresse avec des tours rondes à cet endroit avait donc un but clairement économique et stratégique.

Cluny déclina par contre et le château de Cormatin avec. Jusqu’au XVIIème siècle la forteresse à Cormatin fut guère maintenue. Au course du XVIIème, l’héritier du château de Cormatin, Antoine de Blé (1560-1616), était lieutenant-général et gouverneur-militaire de Chalon sur Saône. Au XVIIème siècle, la France fut régné par Henri IV. La Bourgogne faisait déjà partie du territoire français. La région voisine de Franche-Comté en revanche, était gouvernée par l’Espagne. Afin d’éviter que la riche région de la Bourgogne serait conquête par les Espagnols, la ville de Chalon servait le but de citadelle pour protéger la rive droite de la Saône. Or, son gouverneur-militaire fut un homme important. Comme Antoine de Blé en tant que gouverneur de Chalon, faisait aussi partie de l’ordre militaire prestigieux de Saint-Esprit, il lui semblait nécessaire de faire construire un demeure digne d’un noble de son rang et son importance. Il décida donc de reconstruire son château à Cormatin.


Pour la reconstruction, il garda le même plan que celui de l’ancienne forteresse : trois ailes qui entouraient une cour fermée par un rempart. Les tours rondes furent remplacées par quatre pavillons. Malheureusement, Antoine de Blé n’a jamais pu profiter du résultat par contre. Il mourra en 1616 avant que la dernière aile soit terminée. C’est donc son fils Jacques (1582 – 1629) qui héritait le château et qui termina les travaux. Sous la direction de Jacques de Blé, l’aile nord était construit. C’est là où se trouvait les appartements d’habitation. Au fond de la cour, dans l’aile ouest, se trouvait la chapelle où un prêtre célébrait la messe chaque jour. En ce qui concerne l’intérieur, c’était aussi Jacques qui initiait l’aménagement.

Jacques de Blé connaissait personnellement la famille royale française. Il était surtout en bon terme avec la Reine-Régente Mari de Médicis. Grâce à cette relation familière, il était marié à la fille du Trésorier de l’Epargne en 1617. La jeune épouse, Claude Phélypeaux n’avait que 13 ans lors du mariage alors que Jacques en avait 35. Choquant aujourd’hui peut-être, mais rien d’extraordinaire au XVIIème siècle, surtout en ce qui concerne la noblesse. On ne mariait pas par amour, mais par liaison et raisons financières. Dans le cas de Jacques de Blé et de Claude Phélypeaux, les jeunes mariés allaient habiter le château de Cormatin qui était aménagé d’une telle façon que mari et femme n’avait guère besoin de se croiser pendant la journée. Avec chacun ses propres pièces à vivre, le couple ne se voyait à peine.

Un an après son mariage, Jacques de Blé recevait le titre de marquis d'Huxelles du roi Louis XIII. En plus de son mariage et son nouveau titre, Jacques de Blé a aussi pu profiter de sa relation avec la Reine Marie pour la décoration de son château. Les appartements à vivre dans l’aile nord furent décorés par la même équipe qui avait travaillé pour la Reine au château de Luxembourg à Paris. C’est ainsi que Jacques de Blé a pu faire constuire le Grand Escalier à Cormatin. Cet escalier à ‘cage vide’ qui date de 1624 est un des plus anciens de son type et était construit par Salmon de Brosse. Ce dernier avait bâti un escalier pareil au Palais de Luxembourg, qui ne diffère que de celui au château de Cormatin dans le sens où la voûte en haut ne couvre pas toute la cage d’escalier.

Alors que Jacques de Blé a pu voir et vivre dans son château neuf, il n’en a pas pu profiter longtemps. En 1629 il est mort pendant une campagne militaire en Ardèche. Sa veuve Claude, seulement 24 ans lors de sa mort, prenait le deuil et ne continuait pas les travaux toujours en cours. Par conséquent, le château déclina de plus en plus et était finalement abandonné par les héritiers de Jacques de Blé et de Claude Phélypeaux.


Pour ne pas finir cette histoire sur un ton trop triste, heureusement que le château de Cormatin était épargné pendant la Révolution de 1789 grâce à son maître de l’époque qui ouvra les caves à vin aux émeutes. Après une nouvelle époque d’abandon, Cormatin fut à nouveau habité au XIXème siècle. Les traces des propriétaires sont restées dans la décoration de la bibliothèque et les cuisines. Par contre, ce n’est qu’n 1980 que le château de Cormatin, à nouveau en déclin et abandonné, fut restauré et ouvert au public. C’est ainsi on peut aujourd’hui admirer les appartements des anciens habitants, le fameux escalier, le bureau Louis XIII (le mieux conservé en France) et les grandes jardins fleuris.